CLERMONT-FERRAND
Même si Notre-Dame du Port est à la première église romane qui nous vient à l'idée lorsqu'on évoque Clermont-Ferrand, les richesses romanes de la ville ne se limite pas à ce prestigieux édifice.
Eglise Notre Dame du Port
Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand est considérée comme le prototype des églises romanes d’Auvergne avec la cathédrale romane disparue de Clermont-Ferrand.
Située à l’entrée de de la ville de Clermont dans le quartier du port (passage), elle était le siège d’un chapitre de chanoines dès le Xe siècle.
Toutefois, aucun texte ne cite sa construction, les spécialistes la date du XIe ou du XIIe siècle. Elle est construite sur un ancien monument romain dont on voit encore les murs et matériaux de récupérations dans la crypte. Abimée par des séismes, elle a été restaurée au XVIIIe siècle, puis dans les années 1820, 1840, 1900, 2006 et 2018.
Son plan classique des églises dites “de pèlerinage” se divise en quatre parties : à l’ouest le vestibule encadré de deux tours, puis la nef formée du haut vaisseau voûté en plein cintre (haut de 15 m) et des bas-côté surmontés par les tribunes. Le transept saillant encadre la croisée qui supporte la coupole, qui culmine à 18 m, et le clocher. Enfin, le chevet est composé d’un chœur entouré du déambulatoire ouvrant sur quatre chapelles rayonnantes. La crypte reprend le plan du chevet, sa partie ouest a été plusieurs fois modifiées.
Le décor se déploie sur tout l’extérieur de l’église. On note de très belles mosaïques de pierres, mais le décor se déploie aussi sur les frontons, les corniches, les modillons et les dents d’engrenages.
La sculpture des chapiteaux atteint l’apogée de l’art roman : de nombreux artistes rivalisent de maestria, les chapiteaux à feuillages sont d’un raffinement extrême, les scènes historiées du chœur (avec un cycle d’images consacré à la Vierge) et de la nef (dont la tentation du christ) portent la main de sculpteurs exceptionnels (Robert et Bernard) que l’on retrouve à Saint-Pierre de Mozac et à Saint-Nectaire.
Le tympan sur la porte sud rassemble plusieurs sculptures d’époques différentes, le linteau plus tardif représente des scènes de la vie du Christ et du Jugement Dernier.
Une vierge allaitant est un chef-d'œuvre de la sculpture française de la fin du XIVe siècle. Notre-Dame du Port possède également un riche mobilier du XVIIIe et du XIXe siècle, ses vitraux ont été refait au XIXe siècle en partie par les ateliers de Thévenot de Gaudin et dans les années 1980 par Jean Mauret.
Chapiteaux de Robert dans rond-point : combattant et cycle de Marie
Chapiteau de Bernard dans la nef
Chapelle du couvent de Beaurepaire ou des Cordeliers Vieux
À Clermont, les XIIe et XIIIe siècles renouent avec une embellie significative. Le progrès économique général entraîne un développement de la ville. Trois quartiers se forment autour des églises du Port, de Saint-Pierre et de Saint-Genès, enserrés dans une enceinte au plan en forme de trèfle. À l’extérieur apparaissent plusieurs enclos monastiques, au XIIe siècle les prémontrés à Saint André et au XIIIe siècle les deux ordres mendiants des franciscains ou cordeliers, avec la chapelle de Beaurepaire à l’ouest, et des dominicains ou jacobins à l’est.
Le couvent de Beaurepaire ou des Cordeliers-Vieux est le premier établissement des cordeliers (ou franciscains) de Clermont. Il est fondé avant 1241[1], hors des murs de la ville, au lieu-dit Beaurepaire, à l’ouest de Jaude, au sud du bois de Cros, ou peut-être dès la fin de l'épiscopat de Robert d'Auvergne (1196-1227). La fondation pourrait être liée à celle du couvent des Cordeliers de Montferrand. En 1263, ce couvent est transféré plus près des murs de la ville, à l’emplacement de l’actuelle préfecture. La chapelle de ce nouveau couvent fut consacrée en 1284.
Après le départ des cordeliers les chanoines de la cathédrale de Clermont prirent possession de la chapelle jusqu'à la Révolution. Vendue comme bien national à la Révolution, puis propriété de la municipalité, la chapelle a servi de poudrière et de dépôt d'armes durant le XIXe siècle et jusqu'en 1914. Le bâtiment est également connu sous la dénomination « La Poudrière », en raison de cet usage.
La chapelle est restée en grande partie dans sa conception d'origine puisqu'aucune transformation majeure n'a été effectuée. Elle a été restaurée en 2010. Cet édifice est bâti suivant le mode roman du pays, et forme, avec le reste de la construction marqué par le XIIIe siècle, un exemple de l'architecture de transition.
Chapelle du début du XIIIe siècle, présentant une salle rectangulaire divisée en trois travées par des arcs doubleaux en tiers point. Chaque travée est voûtée d'arêtes sans nervures, séparées par un arc-doubleau ogival. Des fenêtres plein cintre percées dans les murs latéraux et au chevet, éclairent l'intérieur. La porte d'entrée présente un arc ogival qui encadre le tympan qui surmonte la plate-bande formant le linteau de la porte. Les façades latérales possèdent une corniche romane à corbeaux et tablettes.
Elle est classée Monument Historique en 1919.
Façade occidentale
Chevet
Détail de la porte. Fine colonnette au chapiteau à crochets
Ancienne église Saint-Laurent
Grégoire de Tours attribue au comte Victorius, qui gouvernait l'Auvergne pour le roi wisigoth Euric (479-488), la fondation de l'église Saint-Laurent. Cet édifice aurait été l'église paroissiale précédant celle de Notre-Dame-du-Port. Cet édifice se compose de deux parties distinctes : le chœur, œuvre typiquement auvergnate du XIIe siècle et la nef qui est un remaniement complet plus tardif, sans doute du XVIIe siècle.
L'architecture du chœur présente toutes les dispositions qui donnent au roman auvergnat son caractère. La travée droite du chœur, plus étroite que la nef, est voûtée d'un berceau brisé, percé en son milieu d'une ouverture qui communiquait avec le clocher surmontant jadis cette partie de l'édifice. L'arc en plein cintre qui ouvre l'abside retombait de chaque côté sur une colonnette, aujourd'hui disparue, adossée dans les angles.
De plan semi-circulaire, cette abside voûtée en cul-de-four a son pourtour décoré d'une arcature de cinq arcs en plein cintre reçus sur colonnettes montées sur bahut. La première arcade de chaque côté et l'arcade axiale encadrent une fenêtre en plein cintre ; les deux autres, plus étroites, un mur aveugle. Les colonnettes adossées présentent des chapiteaux aux corbeilles à décor végétal. Les arcades inégales qui ornent le cul-de-four sont caractéristiques de l'architecture romane régionale.
Elle est classée MH en 1976 et appartient à une association.
Immeuble du 26, Rue des gras
Maison édifiée au XIIIe siècle en style roman, fortement remaniée au XVIIIe. Des travaux réalisés en 1976 permirent de mettre à jour les arcatures romanes dissimulées sous un enduit. L'édifice comporte un rez-de-chaussée sur caves voûtées en berceau brisé, un premier étage à arcatures de style roman, des deuxième et troisième étages carrés du XVIIIe siècle, et un petit étage attique surmonté d'une terrasse et d'un haussement récent.
Le rez-de-chaussée est percé de deux arcades plein cintre surbaisées et d'une porte au linteau de bois ouvrant sur un passage couvert.
Le premier étage offre une rangée de trois arcades plein cintre dont l'intrados des voussoirs est souligné d'un tore et d'un listel, et dont l'extrados fut arasé au XVIIIe siècle pour permettre le percement de fenêtres rectangulaires. Ces arcs reposent sur des colonnettes en délit, posées originellement sur une corniche d'appui saillante. Chaque colonnette possède une base attique, une astragale très prononcée, et un chapiteau composite à feuillage et volutes. Aux premier et deuxième étages, des fenêtres présentent de belles ferronneries du XVIIIe siècle.
L'immeuble est inscrit à l'inventaire supplémentaire en 1986.
Bas relief, le lavement de pieds
Encastré dans le mur à l’angle de la rue de la Coifferie et de la rue des Gras. XIIème siècle. D'après certains historiens, ce serait l’un des derniers vestiges d'une église très ancienne dévouée à Saint-Pierre.
Celle-ci, aujourd'hui disparue, aurait été pratiquement accolée à la cathédrale actuelle, soit plus raisonnablement, située sur une place en contre-bas qui accueille de nos jours le marché Saint-Pierre. L'église Saint-Pierre dont on ne connaît que peu de chose, était une abbatiale et aurait même fait office de cathédrale. Elle a été détruite après la révolution, ainsi que le cimetière qui l'entourait, c'est dans celle-ci que fut baptisé Blaise Pascal le 27 juin 1623.
Le bas relief a été classé Monument Historique en 1910.
Maison dite de l'Eléphant, à Montferrand
La maison de l'Eléphant, accolée à l'enceinte du château, 12 rue Kléber à Montferrand, tire son nom d'une peinture murale figurant cet animal, placée dans l'écoinçon des baies géminées axiales.
Par ses caractéristiques, cette construction appartient à l'art roman, mais qui évoque déjà la manière gothique. Sans doute édifiée dans un premier temps au XIIe siècle, la maison a subi des modifications du XIVe au XIXe siècle, destinées à la transformer en habitation. Les baies romanes ont été bouchées et remplacées par des fenêtres hétéroclites avant d'être récemment restaurées.
Elle est classée Monument Historique en 1862.